Pour aller plus loin…

Bien que la maîtrise des mots pour tenter d'expliquer l'acte créatif ne peut être l'apanage de l'artiste, qui est baigné dans l'instant, l'intuition et l'acte, son utilisation parait essentielle pour éclairer ses contemporains. Je ne m'étendrai pas en de longues théories artistiques mais soulignerai des axes de réflexions qui structurent mon travail.

En premier ma trinité utopique . Message, technique et esthétique. C'est l'exigence que je m'impose. L'équilibre entre ces trois axes de recherche me parait vital pour la cohérence d'une œuvre. Cela me permet d'être toujours en recherche, d'être toujours exigeant dans mon travail.

L'utilisation de l'informatique, le multimédia et le format. Loin de renier le travail de mes ainés, c'est après avoir étudié et pratiqué la peinture, la sculpture et la photo, que l'outil informatique s'est imposé naturellement. Une suite logique en accord avec notre société. N'oublions pas que l'informatique est à la base structurelle et cette structure m'influence. Mais le champ des possibles étant devenu exponentiel, le mix, le sample, le « copier coller » se sont imposés comme technique et je les applique à l'image, à la vidéo, au son sans aucune limite technique. Je suis de la « cyber génération ».

Du point de vue du format, le but était de retrouver l'objet tableau qui m'intéressait. Fusionner le monde moderne et l'ancien. D'où mon travail de photos montages numériques imprimées sur toiles et montées sur châssis. On se retrouve donc face à un format hybride entre la photo, la toile, et le fond d'écran.

L'hyper communication . Dans notre société moderne où les images sont de plus en plus présentes (voire envahissantes), où l'information nous montre froidement en direct 5 000 personnes en train de mourir et ce, 24h sur 24h. Il me paraissait essentiel de travailler avec ce matériau riche et peu analysé. Pour nous offrir du recul, pour réinterpréter, pour ne pas oublier.

L'image fonctionne par superposition d'informations plus ou moins connues et universelles afin que chacun puisse les réinterpréter hors des contextes balisés et formatés des traditionnels réseaux de communication.
Ce qui en change complètement leur sens.

La graine éducative. Elle me parait essentielle et vient appuyer le fait de ne pas oublier. Il y a certes un devoir de mémoire dans mon travail, mais surtout un objectif éducatif. Simplement et de façon ludique, le débat se crée autour de l'œuvre, permettant aussi l'auto réflexion et la confrontation. Un héritage inestimable pour les jeunes générations.

«  Ces folles petites choses  », c'est la thématique globale de mon travail. Elle comporte une sous partie
«  Hommages  ».

Mon propos est de parler de l'être humain en général et de montrer toutes ses folies positives ou négatives. Comme par exemple la confrontation entre l'agriculture industrielle et la surproduction de nourriture face aux millions de personnes qui luttent toujours pour survivre ainsi que les grandes famines (dans l'œuvre «  The great famine  »). On peut se poser la question de savoir « Où est l'équilibre sur cette planète ? ». Dans la partie «  Hommages  », je m'intéresse plus particulièrement à quelqu'un. Comme Maurice Béjart par exemple, un fou dansant !

Dans mes œuvres, la structure de l'image, est à priori assez simple. Un premier plan imposant souvent en noir et blanc et un arrière plan en couleur souvent monochrome et toujours composé de centaine d'images.

Le premier plan est là pour capter l'attention du spectateur; il le regarde, l'appelle pour faire un pas. Un pas qui change complètement la façon de regarder l'œuvre. Le spectateur se retrouve alors submergé d'images qu'il découvre dans une balade oculaire ludique. Ainsi la thématique se précise, dans cette visite entre ordre et chaos. Le personnage n'est pas intégré dans l'image ; il en est comme exclu. La perspective n'est pas utilisée dans mes compositions. Néanmoins les centaines d'images avec leurs propres perspectives créent un effet de miroir éclaté devant lequel le personnage principal pose. Vous l'avez compris ce que l'on voit en premier n'est pas l'œuvre en elle-même mais un sas. L'œuvre se révèle dans son arrière plan dans la partie « Wallpaper ».

Tel un sociologue, je dissèque et analyse notre société humaine, puis la réinterprète une fois passé au filtre de mon hyper-sensibilité. Bien que cela entraîne un paradoxe ! Être objectif dans l'analyse des thèmes et des infos en le restituant dans un travail forcement subjectif. Il y aura toujours du « moi » inconscient et incontrôlable dans une œuvre.

Nous avons vu quelques axes qui tentent d'expliquer la nature de mon travail, mais sachez que chaque œuvre réserve son lot de découvertes et de mystères, nés du chaos d'un acte créatif bercé dans l'exigence de l'utopique perfection.

Chaque œuvre est une invitation à réfléchir à propos de thématiques bien définies selon une logique qui lui est propre.

Cependant malgré les recherches et le travail, le résultat final est une émotion, visuelle certes, mais émotion avant tout. N'ayez pas peur d'être dérangé ou révolté, n'ayez pas peur de détester, n'ayez pas peur de pleurer, n'ayez pas peur d'aimer ! Vivez !

 

Antoine